Vierge en majesté

De l’acquisition d’une œuvre en salle des ventes à sa présentation au public, un « musée de France » obéit à un ensemble de règles et de procédures. Nous vous proposons de suivre les différents épisodes qui jalonnent le parcours d’une des acquisitions les plus spectaculaires du musée ces dernières années.

Cette Vierge en majesté a été acquise en vente publique en février 2023 avec le concours de l’État, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, du Département de la Haute-Loire, d’un mécénat exceptionnel de la Société des amis du musée Crozatier et de la Société académique du Puy et de la Haute-Loire, et la générosité de Madame Danielle Chalendard.

La Vierge est assise sur un banc-trône à arcades supportées par cinq colonnes. Elle est vêtue d’une longue tunique au réseau de plis superposés et étagés de manière régulière sur la poitrine ainsi que sur les bras. Elle est coiffée d’un voile couvrant sa chevelure dont quelques mèches apparaissent sur les tempes ; un long pectoral descend tout le long de sa poitrine orné d’amazonites. Le Christ est assis sur les genoux de sa mère, retenu par les deux mains de Marie. Le dos de la statue présente une niche pour recueillir une relique.

L’entrée de nouvelles œuvres dans un musée est encadrée par des procédures qui garantissent leur intérêt patrimonial et la politique d’acquisition du musée. Ainsi les projets d’acquisitions sont soumis à une commission scientifique régionale compétente en matière d’acquisition qui en valide l’opportunité.

Le Centre de recherche et de restauration des musées de France est un service à compétence nationale du ministère de la Culture. Situé à Paris et à Versailles, il est l’opérateur de l’État dans le domaine de la recherche et de la restauration qui concernent les collections muséales.

Ses missions principales sont la recherche, la restauration, la conservation préventive et la documentation.

La restauration à venir de la vierge en majesté nécessite une étude préalable qui sera réalisée dans les ateliers du C2RMF au Louvre. Nous avons sollicité en amont les équipes du Centre de recherche afin qu’elles procèdent aux expertises, dossiers d’imagerie et éventuellement analyses scientifiques physico-chimique des composants.

La Vierge dans sa caisse prête au transport à Paris
La Vierge dans sa caisse prête au transport à Paris

La sculpture est en cours d’analyse : radiographie et dossier photographique avec images en lumière directe et en ultraviolets. Ces éléments seront utilisés par le restaurateur en charge de l’étude scientifique de l’œuvre, préalablement à la restauration proprement dite.

Nous suivrons cette étude (analyse des matériaux et des couches de polychromie, datation, composition structurelle…) et la restauration qui suivra en publiant les informations au fur et à mesure de leur avancée.

Notre Vierge en majesté a d’abord fait l’objet en février 2024 d’une campagne photographique en lumière naturelle et sous fluorescence d’ultraviolet, qui constitue le dossier d’imagerie préalable à toute intervention.

En juillet 2024, c’est le matériau qui a été analysé, afin de déterminer l’essence utilisée pour sa réalisation. L’analyse commence par un examen visuel, qui permet de préciser que la statue a été sculptée dans un tronc complet, de l’ordre de trente centimètres de diamètre. Le genre végétal est du noyer, ce qui est confirmé par l’examen microscopique. Il s’agit de noyer commun d’origine européenne (Juglans regia L.).

L’étude est maintenant terminée (novembre 2025).

Voici les principales conclusions :

  • Un prélèvement a été effectué pour une datation par radiocarbone (C14) La fourchette obtenue est entre 1024 et 1159.
  • Les visages de la mère et de l’enfant n’ont pas été modifiés et nous sont parvenus dans l’état d’origine (11e ou 12e siècle), ce qui n’est pas le cas des mains de la Vierge.
  • L’étude microscopique de la surface montre que les vêtements étaient entièrement recouverts d’une feuille d’argent peinte en jaune pour un effet doré, et rehaussés de décors peints.
  • La polychromie originelle est visible sur le haut du trône, à gauche. Elle apparaît dans de petites zones sur les visages de la Vierge et de l’Enfant et dans certains plis des vêtements.
  • Les cabochons qui étaient présumés en turquoise sont en fait de l’amazonite dont l’origine est probablement africaine.
  • La statue a subi des attaques d’insectes xylophages très tôt dans son histoire, qui ont imposé des reprises du décor argenté, et structurelles, notamment la pose de toiles qui venaient masquer et consolider les dégradations.
  • L’assise de la vierge a été entièrement refaite à une date inconnue.

La première phase de la restauration a été engagée (avril 2026)

Voici les principales interventions qui auront lieu au cours de l’année 2026 :

  • Dépoussiérage
  • Refixage des éléments de toile
  • Retrait des dépôts de cire
  • Consolidation du bois vermoulu fragile
  • Traitement du socle et proposition de nouveau soclage
  • Dégagement des carnations des visages et des mains
  • Mise en valeur des décors du trône et du coussin par nettoyage
  • Nettoyage des pierres et des montures

En fonction des observations et des résultats obtenus lors de la première phase de restauration, une deuxième phase de restauration pourra être envisagée.
Elle concernera une éventuelle poursuite de dégagement des décors du trône et du coussin, des comblements localisés pour redéfinir les volumes, l’allégement de certaines zones mastiquées en fonction des résultats des sondages, une réintégration colorée plus poussée.

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