Polignac

Polignac se situe aux portes du Puy-en-Velay et se distingue par son imposante forteresse qui occupe pleinement une table volcanique.

Si le bourg semble dominé par l’élément minéral, les hameaux environnants révèlent un écrin de verdure aux multiples facettes : la Pinatelle du Zouave et ses étranges pins de boulange, le site Natura 2000 de la grotte de la Denise et ses chauves souris et enfin le lac de Marminhac classé zone sensible de la Haute- Loire…

Le réseau Natura 2000 est un ensemble de sites naturels, à travers toute l’Europe, identifiés pour la rareté ou la fragilité des espèces sauvages, animales ou végétales et de leurs habitats. La grotte de la Denise est la seule grotte auvergnate naturelle accueillant en hiver, une population de chauve-souris. Sept espèces y ont été recensées, dont quatre sont assez rares.

La forteresse

Classés monuments historiques dès 1840, les impressionnants vestiges de la forteresse de Polignac offrent sans doute l’une des plus pittoresques images du Velay. Perchée sur une butte volcanique occupée dès l’Antiquité, la forteresse est édifiée à partir du 11e siècle et remaniée jusqu’au 17e siècle par la famille de Polignac, vicomtes du Velay. En constante opposition avec l’évêque du Puy, ils en font le symbole de leur puissance et leur berceau familial jusqu’au 17e siècle. Durant cette période, la forteresse occupe une position stratégique exceptionnelle contrôlant les principales voies d’accès au Puy. En outre, ses trois hectares clos de remparts offrent un refuge aux populations voisines.
Après les guerres de Religion, le caractère défensif du site n’a plus autant d’intérêt et la famille de Polignac lui préfère, au 17e siècle, le château de la Voûte-Polignac, logis plus confortable, situé plus au nord dans un méandre de la Loire. La forteresse est vendue comme bien national à la Révolution, puis rachetée par le Duc Jules de Polignac au 19e siècle. Toujours propriété de la famille de Polignac, le site est ouvert à la visite et fait l’objet de fouilles archéologiques régulières : ses portes, ses remparts, son donjon et les ruines de son habitat sont d’un grand intérêt pour la connaissance de l’architecture militaire médiévale et de ses évolutions.

Les portes

L’accès au plateau se fait au nord par un chemin sinueux. A l’origine, la forteresse est défendue par six portes successives. Les vestiges des trois premières portes se devinent dans les murailles. La quatrième porte est bien conservée, elle date probablement du 13e siècle. Elle s’ouvre sous un large arc brisé surbaissé, placé en avant pour former des mâchicoulis. Ce dispositif défensif permettait de jeter des projectiles sur les éventuels assaillants. Sur les côtés, l’emplacement de la herse a laissé des traces dans la pierre. La porte est protégée par une tour de guet circulaire du 13e siècle qui pourrait être la tour maîtresse primitive.
Entre la cinquième et la sixième porte, une cour est délimitée par des murailles dotées d’un chemin de ronde et de postes de tir souvent semi-circulaire et percés de meurtrières.

Les remparts

Malgré la position dominante de la forteresse, un mur continu, jalonné de tours de guets, est bâti tout autour du plateau. De faible hauteur, il épouse les sinuosités de la roche. En revanche, à l’est, il prend des proportions impressionnantes et s’appuie sur trois puissants contreforts pour combler le manque d’assise d’une large faille. Sur le chemin de ronde, différentes meurtrières peuvent être observées ; la plupart sont adaptées aux armes à feu, ce qui signifie qu’elles ont probablement été aménagées au 16e siècle.

La tour résidence

Édifié entre 1385 et 1421 par Randon Armand X, un impressionnant donjon rectangulaire de 32 mètres de hauteur se dresse sur le point le plus élevé du plateau. S’appuyant sur le rocher, ses fondations sont renforcées en 1565 par un fort talus.
Cinq niveaux d’habitations étaient distribués par une tourelle d’escalier extérieure. Le rez-de-chaussée, voûté en plein cintre, conserve des vestiges gallo-romains découverts dans les environs, dont un énigmatique masque d’Apollon. Aux étages, les planchers de bois se sont effondrés, mais les niveaux sont repérables grâce aux cheminées monumentales encore en place, révélatrices de la fonction résidentielle de cet édifice.
Ce donjon présente également des dispositifs défensifs comme l’ouverture à canon dans la base (appelée également talus) de la tour de place et des mâchicoulis rétablis au cours d’une restauration du 19e siècle.

Les bâtiments seigneuriaux

Aujourd’hui à l’état de ruines, les bâtiments seigneuriaux sont constitués de deux ensembles. D’une part, un premier bâtiment, au centre, édifié au 12e siècle (comme en témoignent les éléments romans) et remanié aux 15e et 16e siècles et d’autre part, longeant l’enceinte, « la vicomté », construite au 17e siècle, qui se distingue par une vaste salle d’apparat à l’étage.
Occupant l’espace restant, les fondations d’une grande chapelle castrale du 12e siècle, un puits de six mètres de diamètre et de 83,5 mètres de profondeur, ainsi qu’une citerne carrée du 15e-16e siècle laissent penser que le château a servi de refuge à une population nombreuse. Des bâtiments de service et des ateliers devaient, aussi, exister mais ne sont pas identifiés actuellement.

L’église Saint Martin de Polignac

L’existence de l’église Saint-Martin est attestée dès 1062.

L’église Saint-Martin de Polignac © L. Soulier
Une église disputée…

Des chanoines y célèbrent la messe, jusqu’à ce que le vicomte de Polignac s’en empare. En 1128, l’évêque rétablit l’ordre des choses. En 1588, l’église est cédée sous la contrainte au Collège des Jésuites et rétrocédée en 1597. Mais en 1603 le Parlement toulousain confirme les droits des jésuites. Les villageois refusent alors de payer la dîme jusqu’en juillet 1617, où le Parlement bordelais fait signer une transaction.

Intérieur

Construite en brèche volcanique et constituée d’une nef de quatre travées aux collatéraux étroits et sans transept, elle est modifiée au 19e siècle par l’adjonction d’une cinquième travée.
Les piles de la nef ont une structure complexe qui leurs confèrent une silhouette cruciforme. L’abside centrale se remarque par sa forme pentagonale à l’extérieure et semi-circulaire à l’intérieur.

Chapiteaux

Un groupe d’œuvres, dont les thèmes sont L’Agneau de Dieu, deux vieillards de l’Apocalypse, Trois évangélistes, des lions et un griffon, mérite l’attention des visiteurs.

Peintures murales

Mises au jour en 1923, restaurées entre 1930-1931, la plus impressionnante demeure le Jugement Dernier à travers les tableaux de l’Enfer et du Paradis.

Statue de sainte Anne aïeule

En bois polychrome du 13e siècle, elle appartient à l’art naïf et est considérée comme la plus ancienne de l’église.

Extérieur

De nombreuses réfections ont eu lieu au cours des siècles, notamment, le porche, construit au début du 16e siècle. Il fut restauré en 1874 et en partie reconstruit en 1931.

Le clocher a, aussi, subi des transformations. En effet, les spécialistes s’accordent à dire que depuis 1832, il aurait été modifié de manière significative.
Le premier étage rectangulaire a été conservé, toutefois le second à l’ornementation plus riche a été remplacé en 1836 par une construction plus quelconque qui soutient une flèche sans grand caractère.

Montgausi

Au-dessus du Collet, se trouve le « Montgausi », nom issu de l’expression latine «  mons gaudii » signifiant le Mont de la Joie : allégresse des pèlerins atteignant une étape ou touchant enfin au but.
A sa cime se trouvait une chapelle médiévale consacrée à saint Anne. Aujourd’hui il ne reste rien de cet oratoire mis à sac pendant les guerres de religions et la Révolution, hormis la statue en bois polychrome du 16e siècle représentant sainte Anne en majesté et accompagnée de la Vierge.

L’incendie du Collet (1589)

Le péage installé par le vicomte de Polignac au Collet excita longtemps les esprits, car quiconque désirait pénétrer au Puy par ce versant devait s’acquitter d’une taxe.
Pendant la Ligue, en 1589, le Vicomte voulut affaiblir la résistance ponote en arrêtant à cet endroit les marchandises destinées à la cité. Un premier combat eut lieu et se solda par la défaite du Puy, suivie d’une courte trêve, le vicomte ayant recommencé ces agissements. Les ponots levèrent alors une armée plus importante et intimidèrent la garnison chargée de la défense du château. Un pourparler fût engagé où les polignacois réclamèrent deux conditions : l’édifice devait être respecté et ses défenseurs devaient partir en toute liberté. Un pacte tacite fut conclu, mais à peine la troupe arrivait-elle à Polignac qu’elle voyait flamber le Collet.
Les Ligueurs n’avaient pas tenu parole et pour parer sans doute à toute nouvelle offensive avaient décidé d’incendier le Château.

Le panorama

Un panorama circulaire s’offre à la contemplation, où le Mézenc si cher aux altiligériens prend place. A l’Est, les Cévennes ferment l’horizon. Alors qu’au nord, au-delà de Marminhac, Saint-Paulien, l’ancienne capitale vellave se devine déjà. Au Sud, au-delà de la Vallée de la Borne, s’étend le plateau du Planèze et l’ancienne route du Midi. Vers l’Ouest le col de Fix arrête le regard.
Tandis qu’au premier plan la silhouette séculaire de la Forteresse de Polignac laisse entrevoir l’imposante cathédrale du Puy semblant si fragile vue d’ici.

La légende de la statue de Saint-Martin

Dans l’église de Polignac se trouvait une statue de saint Martin usée par les ans, antique et vermoulue. Un jour le curé de la paroisse ne trouva pas le saint sur son socle, mais en mille morceaux sur le pavé. Le menuisier de la commune fut convoqué afin d’examiner l’étendue des dégâts. Il tenta de redresser tant bien que mal la statue, à l’aide de poix et de clous. Cependant il ne put rendre sa splendeur passée au vieux martyr qui inspirait jusqu’alors confiance aux fidèles.
Dés lors, la piété populaire négligea la statue et le prêtre dut se résoudre à la reléguer dans un coin du sanctuaire. Ce rejet général des paroissiens rencontra pourtant l’âme charitable d’une béate. Cette brave fille était résolue à rendre l’honneur au saint sacrifié et elle conçut le projet de lui trouver un endroit plus adéquat. Elle s’introduisit un soir dans l’église et prit l’effigie vermoulue à bras le corps, bien déterminée à l’installer ailleurs.
Dans ce geste, le clou que le menuisier avait placé dans le pied gauche de saint Martin accrocha le bas de la jupe de la sœur. Offensée dans sa pudeur, la religieuse s’écria rageusement : « Que faites-vous, saint Martin, vous ne voyez pas que vous vous damnez ? Pour un saint de votre âge, vous manquez de sagesse ! Le diable vous possède… Qui se serait imaginé qu’un infirme comme vous pût se dissiper ainsi ? »
La miséricorde a ses limites et la béate décida de laisser ce pauvre saint Martin dans son coin.

D’après Les Contes et Légendes de la Haute-Loire – Velay – Brivadois – Pays de Saugues de Ulysse Rouchon publiés à Moulins chez Crepin-Leblond, 1947

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