Saint-Privat-d’Allier

Château de Saint-Privat d’Allier

L’éperon rocheux qui domine l’Allier est un site stratégique qui permet de contrôler la route du Gévaudan. Au Moyen Age, il reçoit naturellement le château de la puissante famille des Mercoeur. Constituant l’une des plus puissantes baronnie d’Auvergne, il dépend de l’évêque du Puy puis devient à partir du 13e siècle, la propriété des Montlaur, implantés dans la région de Rochegude et d’ Arlempdes. En 1429, il est acquis par les Poitiers Saint-Vallier, qui reconstruisent les murailles suite aux destructions occasionnées pendant de la guerre de Cent ans.
Au début du 16e siècle la bâtisse est habitée pour la première fois par une famille de la bourgeoisie ponote, les Guitard. Les Bouchard en héritent à la à la fin du siècle mais leur esprit belliqueux cause la perte du château. En 1676, leur descendant est condamné à mort pour plusieurs assassinats. Il réussit à s’enfuir, mais le château est voué à être détruit et perd tous ses éléments défensifs (tours, portes, murailles). En 1723, les propriétaires obtiennent l’autorisation de reconstruire l’édifice plus modestement. Sa physionomie actuelle date de cette époque ; il épouse le rocher en formant un triangle allongé en direction du village.
Pillé à la Révolution, le château devient la propriété des Longevialle qui le vendent en 1877 aux religieuses de Saint-Joseph du Puy. Elles y établissent une école de filles fréquentée jusqu’en 1988.

 Église de Saint-Privat d’Allier

Eglise de Saint-Privat © Arnaud Frisch

L’église de Saint-Privat d’Allier dépend d’un prieuré fondé en 1046 et constitue alors l’unique relais existant sur l’axe du Puy à Rodez. A partir de 1111, le prieuré et l’église deviennent les vassaux de l’abbaye de la Chaise-Dieu.
Probablement construite au 12e siècle, elle a subi de nombreuses transformations.
La première travée qui constitue aujourd’hui le porche d’entrée a été ajoutée au 19e siècle, l’ancien porche est alors devenu une chapelle abritant un bénitier (à gauche en entrant).
La nef principale flanquée de collatéraux se divise en quatre travées couvertes de voûtes d’arêtes. Elles retombent sur des piliers massifs coiffés de chapiteaux à feuillage. Les bas-côtés accueillent deux chapelles plus récentes. A droite (sud), la chapelle moderne du Saint Sacrement est voûtée d’ogives. A gauche (nord), la chapelle de la Vierge est couverte d’une voûte d’ogives caractéristique du style gothique tardif. La même voûte se retrouve à l’extérieur de l’église, dans un enfeu (tombeau dans une niche) de la fin du 15e siècle.
Le chœur, partie la plus ancienne, conserve une voûte en cul-de-four de la fin du 12e siècle. À l’origine, il est orné d’une série d’arcatures en plein cintre qui repose sur des colonnes et pilastres trapus. Les chapiteaux des piliers du chœur diffèrent de ceux de la nef : ornés de feuilles d’acanthe assez fouillées, ils dérivent du style corinthien.
Non protégée, l’église a été restaurée par les habitants de Saint-Privat d’Allier en 1965.

Rochegude

La chapelle de Rochegude © L. Olivier

Les vestiges du hameau de Rochegude sont situés à la pointe de la chaîne du Devès, sur le chemin de St Jacques de Compostelle. Mentionné dès 1225, le castrum Rocha Aguda qui signifie littéralement « château de la Roche Aiguë », évoque l’escarpement des lieux. Il domine la vallée de l’Allier, la route du Gévaudan et marque la frontière entre les diocèses du Puy et de Clermont. Au 13e siècle, il devient la propriété de la famille des Montlaur, et se trouve au cœur d’un puissant mandement qui comprend la partie montagneuse du Velay limitée par la Durande, l’Allier et Saint-Privat. Le château est constitué d’une enceinte fortifiée et d’un donjon qui permet de communiquer à vue avec le château de Saint-Didier-d’Allier. Au 15e siècle, il est transmis aux Chalençon puis aux Matussières. Durant la Révolution, son propriétaire Guillaume Jean de Matussières de Mercoeur est exécuté et ses biens confisqués. Le château est alors racheté par l’un de ses frères.
Aujourd’hui, la tour est le dernier témoin de l’ancienne forteresse. Elle est récemment devenue la propriété de la commune de Saint-Privat-d’Allier.
La petite chapelle castrale est quant à elle restée solidement ancrée dans la roche. Placée sous le vocable de Saint-Jacques, elle apparaît comme une étape incontournable pour les pèlerins.

Tyran de père en fils

Au 17e siècle Saint-Privat-d’Allier fut secoué par une affaire judiciaire sans précédent. Jacques de Bouchard, seigneur du lieu, est connu pour des brigandages à répétition.
Après une union avantageuse avec Anthoinette Mottier de Champetière, il est compromis dans une affaire sordide. Au printemps de l’année 1649, lui et une troupe de soudards assassinent dans un guet-apens deux seigneurs de la famille des Mercoeur. La rumeur de cette agression et de biens d’autres exactions se propage dans toute l’Auvergne et le Velay. Une poursuite judiciaire est engagée par les parents des victimes que le seigneur tente de contrer en faisant appel à des relations familiales, très bien placées à la Cour, pour obtenir des lettres de rémissions. Il les obtine, mais le 3 octobre 1649, le Parlement de Paris le condamne au bannissement à perpétuité du royaume et ordonne la confiscation de tous ses biens.
Cette peine aurait dû mettre fin aux agissements du seigneur mais il n’en fut rien. Au lieu de s’exiler il fit réparer tours et remparts et reprit sans complexe sa vie de tyran des campagnes.
Il n’hésita pas à accueillir des émeutiers du Vivarais, enleva et séquestra la famille Eyraud de Vergezac, finalement libérée grâce à l’intervention de l’évêque du Puy, Armand de Béthune avec lequel il n’était d’ailleurs pas en bon terme.

Monseigneur de Béthune écrivant, 17e siècle musée Crozatier

Bouchard eut l’outrecuidance de railler le nez proéminent de l’évêque qui lui aurait rétorqué « Apprends que si j’ai le nez long, j’ai aussi le bras long et je te le ferai voir ».
Armand de Béthune tint parole en usant de toute son influence, rappelons qu’il était le filleul du Cardinal de Richelieu, pour que de Bouchard soit traduit en justice et qu’il paye sa conduite. Après de multiples rebondissements, il fut condamné à mort et son château devait être rasé. Toutefois, le seigneur de Saint-Privat prit la fuite et ne fut jamais attrapé. En revanche, son château fut bel et bien détruit.
Ses divers procès, la destruction du château… eurent un coût considérable que ses héritiers durent honorer.
Son fils unique vécut sans histoire contrairement à l’un de ses petits-fils, Jean Nicolas de Bouchard qui fit reconstruire le château. Il se fit, lui aussi, remarquer par son caractère brutal et despotique envers ses vassaux et sa famille. Il se maria avec une veuve plus âgée afin d’augmenter ses maigres revenus. Deux filles naquirent de cette union, l’aînée fut mariée très jeune et la cadette envoyée, contre l’avis de sa mère, au couvent dès son plus jeune âge. Le sieur de Saint-Privat avait décidé qu’elle serait religieuse, meilleur moyen pour augmenter la dot de la première et peut-être aussi hériter d’un plus gros pécule. La jeune fille vécut misérablement huit ans dans un couvent, où elle reçut une éducation en dessous de son rang. Néanmoins, elle ne fléchit jamais aux harcèlements de son père, bien décidée à se marier avec un gentilhomme du Gévaudan. Le père cruel l’empêcha d’assister aux dernières heures de sa mère, la fit passer pour épileptique, demanda son internement et tenta de l’enlever du couvent de Bellecombe… Finalement elle réussit à se marier et partit loin de ce père indigne. Bouchard récolta ce qu’il avait semé, sa femme lui légua un maigre héritage et les habitants du village, qu’il avait tant malmené et rançonné, manquèrent de l’étriper durant la Révolution et le ridiculisèrent en lui faisant faire le tour du bourg avec autour du cou la chaîne de son tournebroche.
Quelques années après il décéda et les méfaits des tyrans de Saint-Privat prirent fin.

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