Abbaye Saint-Robert
L’abbaye est fondée en 1043 par Robert de Turlande, ancien chanoine de Brioude. Elle devient rapidement la tête d’un ordre de moines bénédictins avec un rayonnement en France comme en Europe. Le tombeau de Saint Robert a fait l’objet d’un culte. De l’église romane initiale du 11e siècle, il ne reste que quelques éléments de remploi. Sa vétusté a conduit le pape Clément VI a la remplacer au 14e siècle par l’édifice actuel. Pierre Roger de Beauford est entré à l’abbaye à l’âge de 11 ans. Il prendra le nom de Clément VI à son élection et devint le quatrième pape avignonnais. Il décide de faire reconstruire l’abbaye qui deviendra son mausolée. Il s’implique dans les choix architecturaux et le financement en faisant le choix de la modernité ; celui du gothique méridional avec une grande nef unique. Ce style architectural qui se distingue du gothique rayonnant venu d’Île-de-France, profite de l’importance des Ordres Mendiants pour se diffuser.
L’année 1352 est marquée par le transfert des reliques de saint Robert dans la nouvelle église et la mort du pape Clément VI. Sa dépouille est rapportée dans son tombeau de la Chaise-Dieu mais son décès marque la fin des financements et l’arrêt du chantier qui ne sera repris que par son neveu, le pape Grégoire XI ; dont probablement la tour Clémentine.
Les travaux se poursuivent avec les bâtiments conventuels, le cloître, une bibliothèque, un corps de logis et un réfectoire. Ce dernier deviendra la chapelle des pénitents.
A partir du début du 16e siècle, c’est le roi de France qui nomme les abbés qui ne vivent plus à la Chaise-Dieu.
Les bâtiments subissent d’importants dommage en raison de plusieurs incendies aux 15e et 16e siècles. L’abbaye subit également des saccages par les troupes protestantes au milieu du 16e siècle.
Il faut attendre Richelieu et le milieu du 17e siècle pour que l’abbaye entame un renouveau dans le contexte de la Contre-Réforme et de la réforme mauriste. Des bâtiments médiévaux sont alors remplacés par le grand dortoir, le petit dortoir et l’infirmerie. D’autres bâtiments accueillent des pauvres ou des infirmes. Des écuries et greniers sont également présents.
L’abbaye décline au 18e siècle et est vendue comme bien national à la Révolution. Les lieux sont occupés par plusieurs services publics. C’est seulement avec Mérimée que l’importance historique de l’abbaye sera remise en avant. Des moines s’y réinstallent au milieu des années 1980.
L’intérieur
L’espace intérieur est unifié pour accueillir le clergé régulier et les fidèles. Seuls le jubé et les clôtures latérales créent une séparation. Le tombeau de Clément VI se trouve au milieu du chœur des moines, encadré par des stalles avec 144 sièges qui étaient surmontées des tapisseries réalisées après 1501. Ce gisant accompagné d’une cinquantaine de figures a été réalisé par Pierre Boye.
Sur les 18 tapisseries d’origine en laine et soie, il en reste 14, figurant les cycles de l’Enfance et de la Passion du Christ.
Le mécénat de Clément VI n’était pas limité à l’architecture mais comprenait le décor de l’abbaye. Des textes font notamment état de vitraux colorés. Matteo Giovannetti avait été chargé de réaliser des panneaux peints représentant la vie de saint Robert.
La Danse macabre visible sur le mur extérieur du choeur des moines remonte à la fin du 15e siècle, sous le règne de Louis XI et témoigne d’un intérieur coloré. La frise se présente comme une narration et représente l’ensemble de la société dans une situation d’égalité face à la mort personnifiée. Elle mêle réalisme et allégorie.
L’orgue de tribune est l’œuvre du sculpteur Pierre Vaneau (fin du 17e siècle) et du facteur d’orgues Carouge Marin (milieu du 18e siècle).
Les bâtiments monastiques
Les bâtiments conventuels, la bibliothèque, le corps de logis puis le réfectoire (devenu la chapelle des pénitents) sont organisés autour du cloître selon le plan bénédictin.Un pavillon abrite notamment la Salle des Échos dont les voûtes favorisent des effets acoustiques.
La Chapelle des Pénitents
Elle est aménagée à la fin du 19e siècle dans l’une des ailes du cloître qui abritait autrefois le réfectoire des moines. Cette aile date de la reconstruction de l’abbaye aux 14e et 15e siècles mais a été remaniée aux 17e et 18e siècles. Profondément transformée dans les années 1960, elle a perdu une grande partie de son mobilier. Depuis, des restaurations ont notamment permis de mettre au jour une peinture murale du 17e siècle.
La Tour Clémentine
Sa construction remonte à la première moitié du 14e siècle, sous l’abbatiat et avec le financement de Jean de Chandorat. Cette tour fortifiée, à vocation militaire, est accolée mais postérieure à la construction de l’abbaye. Elle sera achevée dans la seconde moitié du 14e siècle. Elle servait de refuge aux moines, reliques et trésors, en cas de menace ; notamment lors du siège des guerres de religion et du siège de l’Abbaye en 1562.
Le Festival de Musique
Ce festival d’envergure nationale et internationale initié par le chef d’orchestre Georges Cziffra depuis l’été 1966 a contribué au rayonnement de La Chaise-Dieu.
Les bornes
Dans les bois autour de La Chaise-Dieu, on retrouve un certain nombre de pierres sculptées. Jusqu’au début du 20e siècle, l’origine suggérée était l’époque préhistorique mais elles remontent en fait à l’époque médiévale et servait à délimiter le territoire de l’abbaye. Bornes à caractère sacré, la légende veut que celui qui déplacerait une telle borne serait condamné à errer éternellement comme un fantôme avec elle sur l’épaule mais ne retrouvant plus l’endroit où il l’avait arrachée.
Ont déjà été dénombrées une quarantaine de bornes dans les communes de Cistrières, Connangles, La Chaise-Dieu, La Chapelle-Geneste, Malvières et Bonneval. Certaines portent une crosse d’abbé, d’autres une main de saint Robert, et quelques unes sont armoriées (Richelieu, Polignac…). Ces dernières ont permis d’estimer leur implantation entre le 15e et le 17e siècle.
La Chapelle Notre-Dame d’Arfeuilles
Cette chapelle est connue depuis le début du 14e siècle mais n’est pas datée. Initialement, elle devait avoir un style roman. L’autel date de la fin du 19e siècle.
La Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Rencontre
Cette chapelle, située au croisement des chemins du bourg pour la protection des voyageurs, date du 19e siècle.
La Senouire et les plans d’eau de la Tour et du Breuil
La Senouire prend sa source à quelques kilomètres de La Chaise-Dieu. Elle contourne le presque l’ensemble du plateau et va se jeter dans l’Allier près de Vieille-Brioude. Obstacle naturel, elle a entraîné la construction de nombreux ponts mais aussi favoriser le développement des activités humaines (moulins, pêche…). Elle recèle même quelques trésors géologiques dont des paillettes d’or.
Les étangs

A proximité de La Chaise-Dieu, des étangs successifs ont été creusés par les moines de l’abbaye sur le cours de la Sénouire pour y pêcher et y faire tremper le bois. Entre l’étang du Breuil et l’étang de la Tour, un troisième étang était présent mais a dû être asséché.
Le loup garou
La légende raconte que des scieurs de long avaient construit une cabane en bois. A leur retour de la messe du dimanche à l’abbaye, ils trouvèrent la cabane abîmée et la nourriture avait disparue. Le dimanche suivant, autorisés à rester observer ce qui se déroulait chez eux, ils ont découvert une créature à l’allure de loup mais avec des cornes sur la tête et des yeux qui lancent des flammes. Elle se transforme en jeune fille qu’ils capturent et qui leur révèle qu’elle avait pactisé avec le diable car elle était malheureuse que son fiancé l’ai abandonnée pour devenir moine à l’abbaye. Depuis, elle voulait se venger des hommes et notamment des moines. Elle aurait fini sa vie au couvent pour expier ses fautes.