Saint-Germain-Laprade

L’église

Elle fut certainement construite sur un temple antique, comme en témoignent les nombreux remplois, notamment les lions ornant le chevet, reprenant ainsi leur usage premier de gardiens sacrés.
Une bulle du pape Alexandre III signale son existence dès 1164. Elle est ensuite la propriété de l’évêque du Puy qui la cède à l’Abbaye de Doue en 1167. Le prieur de Saint Germain fut un des officiers de l’Abbaye, ce qui démontre l’importance du prieuré. Toutefois, le suzerain demeure l’évêque du Puy.

Dans la tradition des édifices romans, l’église est orientée vers l’Orient.
Elle se compose de deux parties bien distinctes, le chevet carré à l’est, couvert d’une coupole sur trompes surmontée d’un clocher, ainsi qu’une courte et large nef du 12e siècle à l’ouest.

Le clocher

Sa silhouette atypique est consécutive des remaniements et de sa fonction initiale de tour défensive si bien que sa forme d’origine est méconnue. Dés 1788, une liste des travaux du beffroi est établie. Au 19e siècle des modifications sont apportées aux ouvertures, au couronnement du clocher. Au début du 20e siècle, le service des Monuments Historiques enlève le toit du clocher, le surélève et s’occupe de la réparation des croisées. Par la suite, est effectuée la réfection de la façade et des parties hautes.

La nef

Édifiée après 1167, elle se compose de deux larges travées flanquées de quatre chapelles latérales. Les méridionales datent de la fin du 15e et début du 16e siècle : celle située au sud de la nef, de style gothique devient la chapelle funéraire des Morgues.
Les chapelles septentrionales ajoutées en 1772, occasionnent la destruction des arcs de décharge romans.

Le portail

Il s’agit peut être de celui de l’Abbaye de Doue. Ses deux archivoltes sont en plein cintre, l’intérieure est décorée de bâton brisés reposant sur des pilastres, la voussure extérieure est moulurée et supportée par des colonnettes à chapiteaux feuillagés ornés de têtes.

Abbaye de Doue, François de Becdelièvre, musée Crozatier

Château de Saint-Germain-Laprade

Ce château est un témoin de la grande et de la petite histoire.
Au 10e siècle il est sous la tutelle de l’évêque du Puy, Guy d’Anjou et sera ensuite la propriété de puissantes familles qui écriront les plus belles pages de la commune, mais aussi les plus tragiques :
Dès 1272 Pierre de Saint Germain intente un procès au seigneur de Blavozy qui a fait assassiné des villageois. Cette affaire est un prémisse des violences qui toucheront bientôt le château. En effet, si les seigneuries des familles Glavenas (14e siècle), Montagu, Poinsac (16e siècle) se déroulent sans heurts, les débuts de la lignée de Morgues, sont marqués par le sang.
En 1590 le château est la cible des canons royalistes, Claude de Morgues s’étant rangé du côté des Ligueurs. Après une résistance acharnée le seigneur doit se rendre, s’en suivi un incendie, des meurtres, des pillages…
Les de Morgues compteront dans leurs rangs trois premiers Consul, deux maires de Saint-Germain-Laprade et un abbé pamphlétaire, aumônier de Marie de Médicis célèbre par sa querelle avec Richelieu.
Leur lignée est présente jusqu’en 1865 ou Marie Joséphine de Morgues épousa Charles de Clérico. Les propriétaires actuels sont leurs descendants.

Une maison forte d’exception

L’édifice du 10e siècle a bénéficié de remaniements au cours des 17e et 19e siècles. Son ancien caractère défensif est révélé par les hauts murs entourant le domaine, les canonnières, les échauguettes… Néanmoins, le portail surmonté d’un fronton triangulaire, réemploi tardif, témoigne d’une volonté esthétique. Il est vrai que ce bâtiment, au vaste perron à deux volées convergentes, composé d’un corps de logis flanqué d’une tourelle d’escalier centrale à l’ouest et de deux tours circulaires à l’est, ne manque pas de charme.

Le Château du Villard

Château du Villard © Velay Tourisme

Au 11e siècle il appartient à la famille de Goudet qui le possède jusqu’au 14e siècle. La seigneurie est ensuite cédée au cadet de la Tour Saint Vidal. Cette famille se le transmettra jusqu’à la Révolution, où il est saisi à la famille Montaigu de Beaune et vendu comme bien d’émigré. En 1860, il est acheté par le Docteur Claude Auguste Reynaud, qui n’est autre que l’oncle d’Émile Reynaud, père du dessin animé avec son praxinoscope. Les propriétaires actuels sont ses descendants.
A côté de la Gagne, le Villard impose sa silhouette féodale au passant.
Les deux corps de bâtiments se font face et sont reliés, au nord, par un mur percé par le portail d’entrée. A l’ouest, la demeure principale en U est limitée au nord et au sud par deux grandes tours. Les communs à l’est, forment un bâtiment plus modeste, flanqué de quatre tours, doté de vestiges qui laissent penser que les deux bâtisses devaient être unies de manière plus significative par le passé.
L‘ensemble a subi des rénovations, notamment au 16e siècle où il a été entièrement remanié par Antoine de la Tour Saint-Vidal : les communs sont placés à l’est, des fenêtres agrémentent la façade principale et un grand porche vient embellir le tout. Au 18e siècle, le bâtiment de ferme est mis au goût du jour, alors que le château est mis en péril par sa vente comme bien national. En effet, l’acheteur, afin de couvrir sa dette, vend les pierres de la partie est, ce qui fragilise considérablement la bâtisse.
Le docteur Reynaud l’achète au 19e siècle et le sauve ainsi de la ruine. Il effectue des rénovations et des modifications architecturales : toit d’ardoises à double pentes, démolition de l’aile ouest afin d’établir une terrasse, sous laquelle se trouvent deux salles voûtées, dont une est en croisées d’ogives, considérée comme les vestiges de l’ancien château.

Le défilé des Cornards… ?

Durant des siècles la commune fut le témoin privilégié d’un étrange et loufoque cérémonial.
En effet, Boudon Lashermes, érudit local du début du 20e siècle, rapporte que la Confrérie des Cornards du Puy-en-Velay, constituée essentiellement de maris trompés venait rituellement élire son Grand Maître en terre saint- germinoise.

Épingle du grand maître de la confrérie des Cornards, musée Crozatier

Une chanson occitane révèle ainsi que la fête débutait dés le matin en cité mariale, pour être plus précis au 16 rue de Chamarlenc, où se trouvait le siège de cette joyeuse compagnie.
Ce bruyant et pittoresque cortège se dirigeait alors en direction de Saint-Germain-Laprade, en ponctuant son périple de nombreuses haltes épicuriennes dans les cabarets rencontrés. Une fois parvenu au bourg, nos compères étaient accueillis par le roi du reinage (sorte de fête foraine) et profitaient alors de l’ambiance festive. Ils se rendaient ensuite dans une prairie située à l’est du village et se regroupaient autour d’un peuplier décoré pour l’occasion pour procéder à l’élection de leur nouveau chef. Afin de conclure ce rituel chacun des cornards embrassait le tronc de l’arbre et s’en retournait. Bien sûr les confrères ne manquaient pas de repasser par le centre du hameau afin de profiter de la fête. La légende raconte que leur retour au Puy se faisait avec bruits et fracas et les passants, prudents, les évitaient soigneusement.
La sagesse populaire interprétait cette cérémonie comme un acte de vengeance bruyant et rancunier des maris trahis par leur épouse, compensant dans la liesse et l’ivresse leur honneur bafoué. Toutefois des recherches récentes mettent en lumière que ce rituel pratiqué jusqu’au Moyen-Age serait issu des traditions gauloises. En effet, chez les Celtes le vin était une boisson sacrée, permettant le renouvellement des forces et l’accès à l’extase. Peu à peu le caractère religieux est tombé en désuétude et la cérémonie a glissé dans le domaine du folklore et de la farce. Néanmoins, des réminiscences de ce culte persistèrent à travers le lieu choisi par les Cornards : « Sant Germo » faisant référence au grain source de vie. Le nom de la commune serait alors consécutif de la christianisation du dieu gaulois Cernunos, qui signifie littéralement « le cornu », représentant l’abondance et le renouvellement.
Le rituel Cornards oscillait donc entre mythe et réalité, entre mal être et joie…Peu importe en fait, tant que « la dive bouteille » était de la partie !

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